S.D.F., tant que tu resteras une vague idée... tu vivras.                                                                      

Je les ai vus..., ravagés par du mauvais rouge, bière bon marché, éther ou colle pour se déboucher le nez. Ce n’est pas beau à voir...
Hommes et femmes de tous âges dans une galère quotidienne, avec pour chacun son histoire qui lui est propre, déchirante.
Souviens-toi il y a dix ans à peu près, tu sais, quand on appelait un S.D.F., un clochard, un miséreux, un va-nu-pied, un clodo pour les intimes;
en ce temps là on constatait plus les faits, je crois même qu’ils étaient moins nombreux ces gens là. Il est vrai que l'on ne cherchait pas plus à savoir, et après les journées de travail on préfère s’occuper de ses emmerdes que ceux des autres, alors s’en faire pour une cloche....
Entre-temps ils sont devenus des sans domicile fixe, un joli terme lissé n’incluant aucune réalité individuelle ne posant aucune question, pas de fond, juste un côté hypocrite du soi disant libre-arbitre. Ce terme hérité, par nos pairs à tous, émanant de la pensée hautement réputée pour son sens des nuances qu’est le politiquement correct avec label iso 9010x made in USA.
Aujourd'hui, notre millénaire fête ses trois ans d’existence et l’on crève encore de froid dans nos sociétés ultra-modernes, cela est choquant, c'est un fait. Nos nombreux sans domiciles fixes, sont devenus des S.D.F. et je me demande quel nom leur donnera t’on d’ici dix ans.

Une image trouble d’une réalité qui s’étiole, de la cohue journalière du théâtre urbain issu du monde de la vitesse, avec des gens qui vont au travail se déplacent, et une sorte de d’ombre d’une main tendue, un appel au secours que tout le monde voit mais que personne ne veut conserver.

Cet homme anonyme en puissance décapité et pourtant debout; lui est un symbole. C'est le quotidiens du S.D.F.,

Outre les termes et les leçons de sémantique, la réalité du clodo, c'est qu’il est un homme, un femme, qui vit, rit et pleure comme nous tous et que ce qui nous en reste par les messages véhiculés par les masses-media n’est qu’un concept, une idée de plus en plus vague, une sorte de parasite pas trop dérangeant tant que ce n’est pas trop visible et que cela reste abstrait, pas de vague et pas d’histoire. On en arrive même à nous faire avaler que cette réalité est un choix de vie, excluant toute recherche de causalité.
Le monde des simplismes nous envahit, le S.D.F. devient de plus en plus impalpable, à l’image de ce qu’était le travailleur devenu une ressource humaine, mais c’est une autre histoire....

Bruno D’Alimonte, 18 janvier 2003

Photos et texte: Bruno d'Alimonte (ces photos sont sujettes au droits d'auteur et ne peuvent être publiées qu'avec l'accord de celui-ci) dalimonte@skynet.be

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