Tel un chien

Tel un chien errant dans la nuit, l'homme titube vers le réverbère. Ce n'est pas sa vessie qu'il cherche à vider mais son cerveau. Un trop plein de conneries, de mensonges et de honte. De honte d'avoir cru qu'il était possible de se tenir droit devant l'absurdité sans limite de ses rêves. De mensonges pour avoir cru  pouvoir y accéder sans tricher. De conneries qu'il a avalées comme des couleuvres sans même faire la grimace.

Tel un chien perdu dans la ville, l'homme essaye de retrouver ses repaires. Ce n'est pas son chemin qu'il a perdu mais l'envie de rentrer. De rentrer dans la continuité de sa vie. De rentrer dans l'espoir qu'il puisse exister autre chose que le silence et les faux-fuyants. De se taire encore lui est insupportable.

Tel un chien hurlant dans la nuit, l'homme se terre dans les ténèbres. Ce n'est pas la lumière qu'il fuit, c'est l'ombre de son ennui, c'est l'ombre de ses espoirs qui a terni sa vie, c'est l'ombre de son ombre perdue dans la nuit noire, c'est l'ombre du réverbère qui lui rappelle qu'il n'est même pas un chien et que pisser dans la nuit, ça aussi, ça lui est interdit.

30mai2004